L'Enfer préventif

Mireille Havet

Textes Mireille Havet
Avec Perle Palombe
Mise en scène Mirabelle Rousseau
Scénographie James Brandily
Lumières Iris Julienne
Dramaturgie Yannick Bouquard et Muriel Malguy
Costumes Mina Ly

Création 2023

L'Enfer préventif

Mireille Havet

Textes Mireille Havet
Avec Perle Palombe
Mise en scène Mirabelle Rousseau
Scénographie James Brandily
Lumières Iris Julienne
Dramaturgie Yannick Bouquard et Muriel Malguy
Costumes Mina Ly

Création 2023

De Mireille Havet, il restait peu de textes ; elle avait signé deux œuvres, La Maison dans l’œil du chat et Carnaval, qui avaient marqué ses contemporains. Elle a connu Apollinaire, Cocteau, Colette, a frayé avec ce que le milieu littéraire parisien comptait de personnalités historiques, mais elle-même, sans œuvre étendue, autrice de publications trop fugaces, n’avait pas laissé de trace durable. Ce n’est qu’en 1995, par un hasard, une fuite dans le toit, que la petite-fille de sa meilleure amie comédienne Ludmila Savitzky, découvre au grenier un vieux sac de cuir renfermant ses carnets, son journal et sa correspondance.

Passé entre d’heureuses mains, confié à l’éditrice Claire Paulhan, ce Journal monstre nous parvient presque entier, avec ses aspérités et ses fulgurances. Ce qui était resté invisible, ce “jamais-lu”, est une révélation littéraire. Il est un espace de liberté, d’intuitions, de tentatives poétiques ; tout ce que nous pouvons lire d’idéal absolu en amour, en expériences, en littérature, est sublimé par le caractère sans retenue de cette œuvre que la poétesse a emportée partout, a gardé près d’elle, alors même qu’elle a perdu nombre de ses manuscrits au cours de sa brève existence. C’est cette chaleur que nous sentons en lisant ces pages, cette brûlure ; ce Journal est pour Mireille Havet comme une seconde peau.

L’espace du récit autobiographique devient cet “enfer préventif”, dans lequel Mireille Havet alterne ardeur à l’écriture, désespoir sombre, trous de pensées. Nous y sommes les confidents de cette femme libre, percevons les milieux qu’elle fréquente, ses amitiés, ses amours, ses femmes, sa ville : Paris, son temps, tout est révélé dans une écriture affûtée. Mireille Havet ne cherche pas à cacher sa personnalité extrême, son homosexualité, son goût pour la drogue, une certaine brutalité, le doute sur son genre, l’amour des voyages. Elle est de cette génération qui sait que rien ne sera plus comme avant et qui ne peut plus vivre à moitié. C’est l’époque mais c'est aussi une âme intemporelle qui ne trouve ni apaisement ni repos à son frénétique besoin d’intensité.

Avec ce projet et futur spectacle, la compagnie T.O.C. explore une fois de plus l’œuvre secrète et méconnue d’une écrivaine qui est aussi une figure de la liberté absolue. Le Journal de Mireille Havet est une œuvre qui se traverse avec fascination, où la langue nous happe au-delà du récit et n’achève jamais de dire son époque damnée.

En savoir plus…

« On me présente avec le titre de poète. Un monsieur, évidemment diplomate espagnol ou portugais, me demande : « Quel genre de vers ? – Triple imbécile, un genre qui n’est pas pour toi », et j’ai envie de crier, et poliment j’explique en me peignant devant la glace ce que je pense être la poésie du monde. »
Journal, 1919

« Je suis plus orageuse que l’orage, plus sensuelle qu’un char lunaire, plus méchante et brûlante que Satan. »
Journal 1920

« Aller au-devant, rompre, ne rien admettre, détruire et rejeter tout ce qui, même de très loin, menace une seconde l’indépendance, voici mes lois. Ce n’est pas exactement une politique de conciliation, c’est exactement une révolte. Je ne mangerai pas de votre pain. Je serai abracadabrante jusqu’au bout. »
Journal, 1922

Les textes de Mireille Havet sont édités aux Éditions Claire Paulhan
http://www.clairepaulhan.com/auteurs/mireille_havet.html

ECOUTER
L'émission de France Culture sur Mireille Havet

LIRE
L'article du Monde : "Mireille Havet, l'enfant perdue ressuscitée"

Mireille Havet [de Soyecourt] (Médan, 4 octobre 1898 - Montana, 21 mars 1932) : ses amis – Paul Fort, Guillaume Apollinaire (qui l’appelait la « petite poyétesse »), Colette, Edmond Jaloux, Natalie Barney et Jean Cocteau – favorisèrent la publication de ses poèmes (dans Les Soirées de Paris, 1914 ; Le Mercure de France, 1916), de ses contes fantastiques, La Maison dans l’œil du chat (G.Crès, 1917) et un roman à clé, Carnaval (Albin Michel, 1923)… Ce qu’ils ignoraient, c’est que Mireille Havet rédigea, de 1913 à 1929, un extraordinaire et monstrueux Journal, dans lequel elle décrit sa « vie de damnation », une vie de guet et d’attente, de songe et d’outrance, une vie aimantée par son « goût singulier » pour l’amour des femmes et les stupéfiants. Le fin critique Edmond Jaloux – évoquant sa brève existence et celles de Jacques Vaché, Raymond Radiguet, René Crevel, Emmanuel Faÿ et Jacques Rigaut – les réunissait dans une même génération littéraire qui, « refusant les conditions communes du monde, se jetèrent dans une aventure de caractère absolu, qui les conduisit à une mort précoce ».

« Je voudrais réunir toutes mes notes en un livre nommé 'L'Enfer Préventif'. Ce ne serait rien d'autre que le récit d'une vie humaine à l'âge de l'adolescence et du mariage charnel avec la vie. Quelle lutte, quel écœurement, quelles sueurs de honte et de criminel plaisir, quel goût d'encre, de sang, de poussière et de sexe. »

Représentations

► Résidence au Schauspielhaus, Zürich, mars 2022
► Résidence au Théâtre Berthelot, Montreuil, décembre 2022
► Présentation de maquette au Festival du bizarre, Théâtre Berthelot, décembre 2022

Production

Production Le T.O.C. | Avec le soutien du Schauspielhaus, Zürich, du Théâtre Berthelot, Montreuil